Découvre Clara et ses rêves au crayon

Mis à jour : 3 avr. 2020


Clara avait neuf ans et répondait à ceux qui la prenaient pour une enfant :


- Je suis déjà grande !

- Oui, on sait Clara ! Tu es grande mais tu n'as que neuf ans et c'est encore jeune, ma fille.


Elle se tenait bien droite, tirait ses cheveux en chignon, mettait quelques bagues aux couleurs de bonbons. Elle décorait son cou de colliers amusants et croisait les jambes en mimant sa maman.


- Mais quelle idée de se faire des bijoux avec des fraises et des nounours en chocolat ! Ta robe va être tachée !



Sa maman ne comprenait pas grand chose. Clara adorait rêver, dessiner, jouer, se créer un monde à elle. Le crayon était sa passion. Elle pressentait qu'il l'emmènerait en voyage, jouerait les troublions quand les jours seraient longs. Ainsi dessinait-elle à la mine de plomb au gré de son imagination.


- Allez, mon crayon ! Emmène-moi dans des aventures, là où tout est couleur et fantaisie.

Clara esquissait des paysages dans lesquels s’affrontaient d'étranges personnages mi-anges, mi-démons. Elle réglait ses comptes avec les fripons, leur traçait un grand nez , faisait une vilaine face de leur visage poupon.


- Quel idiot ce Kevin avec ses phrases stupides. Il est toujours entrain de nous tirer les cheveux ou de ricaner quand on met une robe ! Tiens ! Voilà ! Je te transforme en horrible garçon !


Clara crayonnait pour magnifier ses amis. Elle les entourait de joyaux, diadèmes et couronnes. C'était ensuite le tour de ses deux frères Victor et Maxime, qu'elle sacrait chevaliers. Ils avaient tous les courages ! Elle détaillait leurs armures magiques qui devenaient légères sous sa plume de plomb. L'un dardait une épée sur un ennemi décalé. L'autre chevauchait une monture avec des baskets anachroniques. Peu lui importait de bousculer les dates et de fouler la raison puisque c'était au crayon.


- Je t'aime tellement Andréa, ma petite copine adorée et toi aussi Lucas. Je vous emporte dans mes rêves comme ça nous sommes toujours ensemble.


Un matin, Clara se réveilla d’une nuit agitée. Elle avait fait un rêve étonnant. Elle s’était réveillée, comme cela arrive souvent, à cause d'une porte claquée. Clara avait laissé dans son sommeil la vision inachevée d'un voyage dans un carrosse doré.


- Maxime ! Arrête de claquer les portes ! J'ai perdu mon rêve maintenant ! C'est agaçant les frères !


Dans son rêve, elle roulait sur la mer bleutée, accompagnée de ses animaux préférés : dauphins et baleines qui soufflaient dans son dos pour la faire avancer. La petite fille portait un voile de coquillages et d'algues tressées, des colombes posées sur ses mains de poupée. Le ciel était violet et le soleil brillait. On entendait au loin une musique que reprenaient les sirènes. Le rêve de Clara s’étirait de plaisir quand elle se trouva face à une porte fermée. Clara ne voulait pas se lever sans savoir ce que cachait cette porte.


- Clara, c'est l'heure du petit-déjeuner, ton chocolat t'attend !

- Oui, maman, encore un moment, j'arrive !


Le crayon qu'elle gardait dans sa poche demandait à sortir de son poste. Si elle le laissait glisser sur le carton, il saurait sans doute retrouver le chemin de son rêve.


Elle ferma ses paupières et laissa courir son crayon. Il dessina une grande porte aux battants de papier qui pulsaient comme un cœur comprimé. La porte tendait ses bras en forme de violons muselés attendant que la grâce vienne les libérer. Un grand œil éclairé projetait un monde de beauté. Le carrosse avançait, entouré de dauphins dont les sauts enchantés éclaboussaient de perles sucrées une princesse Clara émerveillée. Au contact du carrosse, les violons se mirent à danser, rejetant la poussière de leurs archets cristallisés. Le papier se mit à fondre, le seul œil à pleurer. Une pluie poudrée transforma le carrosse en un énorme gâteau de crème fouettée.


Les dauphins s'étaient figés en sujets de pâte d'amande, les baleines, quant à elles, ne laissaient paraître que leur queue étalée, la tête plongée dans le dessert sucré. Le carrosse dominait la sauce bleutée, majestueusement posé sur ses grandes roues de nougatine. Le crayon s'arrêta de conter et Clara se leva. Drôle de rêve que cette histoire de carrosse enchanté transformé en gâteau par une porte ensorcelée.


Les années passèrent et Clara devint la grande jeune fille espérée accompagnée de ses dessins et cahiers. C'était désormais son métier : elle dessinait les rêves de ceux qui ne voulaient pas les voir s'envoler. Elle portait toujours les cheveux longs savamment relevés et des bagues et colliers qu'elle avait fabriqués. Elle parcourait le monde pour trouver de nouvelles couleurs, des histoires incroyables à recomposer.


- Alors, de quoi parlait votre rêve ? Quelles couleurs avait-il ? Etait-il agréable ou alors un cauchemar ? Aviez-vous peur ou étiez-vous heureux ? Y avait-il de l'eau ? Des montagnes ? Des animaux ? Racontez-moi tout cela !


La vie s'écoulait passionnément d’un pays à l’autre. Un jour, alors qu'elle se promenait à Venise, son regard fut attiré par l' atelier d'un luthier.


- In luthier ! Je pensais que ça n'existait plus. Quelle jolie boutique !


La devanture était en bois sculpté qui dessinait des bras tendus tenant des archets. Un goût sucré lui vint aux lèvres. La douce jeune-fille poussa la porte qui se mit à tinter. Il n'y avait personne mais l'endroit respirait la gaieté. Le sol était parsemé de pastilles dorées et au milieu de la salle trônait un gâteau entamé. Le soleil entra dans la petite pièce et fit scintiller les violons amenés pour être réparés. De splendides photos ornaient les murs. On y voyait un garçon entouré de dauphins plongeant dans une mer bleutée. Le trouble était déjà installé quand du fond de l'atelier sortit un jeune homme aux cheveux bouclés. Il tenait à la main une coupe de champagne. Il fut surpris de découvrir Clara.


La porte tinta de nouveau et entra une jeune femme bariolée. Sans prêter attention à ce qui se passait, elle embrassa gaiement le luthier et lui tendit le cadeau apporté pour l'anniversaire de ses vingt-cinq ans.


- Bon anniversaire Raphaël !


Quand elle se retourna, elle écarquilla les yeux et sourit en découvrant le visage de Clara.


- Bonjour ! Je n'avais pas vu que vous étiez là. C'est incroyable ! Vous n'êtes pas réelle, ce n'est pas possible, à moins que la vie soit magique !


La jeune femme était peintre et avait apporté à son ami une toile. Le tableau s'appelait "Jeune-femme au crayon". Raphaël ouvrit son présent et découvrit un visage qui lui souriait : il ressemblait à celui de Clara ! Il comprit que ce visage était celui qu'il attendait depuis longtemps.


Les jours passèrent et Clara reprit son crayon au son des violons. Elle défit son chignon, délaissa les bonbons et se tourna vers ce visage qui depuis son plus jeune âge avait rêvé de cette fille rêveuse et sage. Ensemble désormais ils referaient le monde, restituant à ceux qui le leur demanderaient leur part de rêves entre crayons et violons.


Et toi, petit lecteur, petite lectrice, quelle rêve fais-tu ?



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